Petit chosier

Brimborions, babioles et bidules
Par Romain T. et Fabrice D.

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Tag - Haydn

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vendredi 21 janvier 2011

Demain est un autre jour

Une nouveauté qui sonne comme un adieu : je viens d'entendre la cent-quatrième symphonie de Haydn, dite London, par Antal Dorati. Je la connaissais déjà, par ailleurs et par d'autres. La nouveauté, c'est que, cette fois-ci, j'ai entendu les cent-trois précédentes auparavant, par Dorati aussi. Après cette cent-quatrième, que restera-t-il ? La deuxième symphonie concertante et quelques versions alternatives, trois fois rien. Des souvenirs, assez brouillés : je confonds Marie-Thérèse et le Philosophe, l'Ours et la Poule, le Printemps et l'Été. Un vide.

Il y a quelques années déjà, j'avais lu la neuf-centième chronique de "la Montagne" de Vialatte. Il m'avait fallu trouver des produits de substitution : ses romans, ses Bananes de Königsberg, ses écrits sur l'astrologie... Un jour de rechute, je me suis même lancé dans sa correspondance avec Henri Pourrat. (J'en suis au quatrième tome.)

Le premier sommet escaladé est une folie ; mais les suivants : des nécessités. Sitôt passée la crête, on contemple la vallée, elle semble un précipice, il faut grimper de nouveau, grimper toujours pour ne pas y tomber. Je n'ose pas aborder Zola ou Balzac, comme un alpiniste suisse tremblerait devant l'Himalaya : s'il y va, en ressortira-t-il ?

Qu'écouterai-je demain ? Faisant fi de toute cohérence stylistique, je pense entendre les symphonies de Miaskovsky, une par une, jusqu'à la vingt-septième.

lundi 18 janvier 2010

Vieux people

Qui est donc cette Marie-Thérèse ? L'homme du vingt-et-unième siècle, éduqué à la presse de caniveau, flaire le graveleux. Il s'agirait d'en savoir plus : Haydn a donné son nom à sa quarante-huitième symphonie ! Qui était-elle ? Qui était-elle pour lui ? Qu'ont-ils fait ensemble ?

Renseignements pris, rien. Mais ne brûlons pas les étapes : prenons la symphonie comme un portrait et imaginons. (Cette symphonie n'est justement pas un portrait : l'exercice n'en sera que plus injuste et plus drôle.)

Marie-Thérèse sonne comme une grosse dame rigolote (allegro), spirituelle (finale), mais un peu mélancolique parfois (andante). Est-elle veuve ou vieille fille ? Je ne saurais dire. Mais une chose est sûre : elle aime la chasse à courre. Oh ! ça oui. (Pourquoi, sinon, ces sonneries de cor dans le premier mouvement ?) Le dimanche, bien avant la messe, quand l'aube blafarde peine à déchirer la brume sur la lande, un fusil dans le dos, un parapluie-canne à la main, toute vêtue de tweed et de daim, elle part. Un canard sauvage, un faisan, quelques bécasses plus tard, elle s'en revient, passe un tablier et met à mariner. Une messe rapide où elle tient l'orgue puis, de retour chez elle, mijotage, rôtissage et braisage. Dans la salle à manger, une horloge de grand-père sonne enfin midi. On frappe à la porte. Elle ouvre. Entre un vieux monsieur en perruque poudrée : c'est Papa Haydn. La suite ne regarde plus qu'eux.

Résumons : pour moi, Marie-Thérèse ressemble à Wendy Worthington, tendance chasseresse, ascendant cantinière. Évidemment, rien de tout ça n'a existé, mais ce n'en est que plus beau.

Les compositeurs ont ainsi semé des noms à travers l'histoire. Si, grâce à Beethoven, Élise est sans doute la plus connue, la dédicataire de l'Annen-Polka de Johann Strauß fils est ma préférée : je la vois tournoyer telle une toupie obèse dans une salle de bal bondée, éjectant les autres danseurs, écrabouillant son cavalier. (Fantasia est passé par là.) Il s'agit le plus souvent d'hommages et non de portraits, mais il n'est pas interdit de s'amuser. Une exception, tout de même : Sir Edward Elgar a maquillé ses amis derrière des trigrammes cryptiques et  a embrumé le tout dans un thème mystérieux. Ce sont les variations Enigma. Les musicologues, qui ne sont pas moins joueurs que les autres, ont identifié tout les personnages (Cela brime l'auditeur, qui aimerait les inventer.) mais ils butent toujours sur le thème.

Finalement, qui est donc cette Marie-Thérèse ? Une impératrice d'Autriche, excusez du peu. Mais cela n'a pas la moindre importance, si ?